17/12/2012

Le Gange à bout de souffle : Quand l'humain mène un fleuve sacré à sa perte

Pour les Hindous qui viennent s’y laver de leurs péchés, le Gange est un fleuve propre et pur. Pourtant, ses eaux atteignent aujourd’hui un niveau critique de pollution aux multiples visages. Depuis 2009, la purification du fleuve purificateur est lancée…

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De l'Himalaya au delta du Bengale, les flots du Gange s'écoulent sur près de 2 700 km, traversant l’Inde du nord en ouest. 400 millions de personnes vivent sur les rives du fleuve sacré, soit le tiers de la population indienne. Libéré des cheveux de Shiva dans lesquels la déesse Akash Ganga l’avait placé, le Gange est perçu comme “l’ultime vérité ». Chaque année, trois à quatre millions de pèlerins viennent y effectuer leurs ablutions rituelles pour purifier leur âme, les eaux du fleuve étant censées laver de tous les péchés accumulés au cours des vies antérieures. Se faire incinérer dans certaines villes au bord du fleuve serait une manière de rompre le cycle des réincarnations et d’accéder au Nirvana. On dénombre ainsi plus de 200 crémations par jour à Varanasi, ville sacrée de l'hindouisme.

Un fleuve-dépotoir, réservoir mondial du choléra

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 Hélas, le tableau chatoyant et sacré des pélerins en sari multicolores se baignant ou se lavant les dents, voire buvant l’eau du Gange se heurte a une terrible réalité : le fleuve est, à certains endroits, un véritable dépotoir, à tel point qu’en 2008 le World Wildlife Fund l’a classé parmi les dix fleuves les plus menacés au monde. Le Gange représente aujourd’hui une véritable menace sanitaire et environnementale, avec un delta qui est  le réservoir mondial historique du choléra. 

Des pollutions aux multiples visages

gange,pollution,sacré,inde,ablution,crémation,banque mondialeElle est d’abord  le fruit mortifère des déchets chimiques provenant des engrais utilisés dans les champs et des rejets d’eaux usagées, les plus toxiques et les moins biodégradables, par les usines - tanneries, distilleries, papeteries notamment - situées tout au long du Gange.


A cela s’ajoutent les pollutions domestiques et urbaines (eaux usagées, substances chimiques telles que la lessive, les produits ménagers divers) ; près de trois  milliards de litres d’eaux usagées sont ainsi déversées chaque jour dans le fleuve, pour une capacité de traitement inférieure au tiers de cette quantité. Enfin, le sacré contribue à la pollution à travers les rites funéraires, qu’ils s’agisse de rejet après purification par le feu – cendres des morts et de cadavres à moitié incinérés ou sans sépulture – ou plus simplement par immersion directe des cadavres considérés comme « purs » :  nouveau-nés, victimes de la variole ou de la lèpre, vaches… Il faut ajouter les offrandes continuellement jetées dans les eaux, les festivals où des centaines de milliers de personnes se rassemblent sur les berges, sans oublier les quelque cinq cents cadavres humains jetés chaque jour dans le fleuve, considéré comme un moyen pratique de se débarrasser d’une dépouille encombrante…. 

Clean Ganga : La dernière chance

Face à cette situation dramatique, la prise de conscience est lente mais réelle. En 2009, les Autorités indiennes ont créé la National Ganga River Basin Authority (NGRBA), organisme chargé d’élaborer une approche globale des problèmes du fleuve. Le lancement du programme Clean Ganga vise à réduire significativement la pollution du fleuve, notamment par le traitement total des eaux usées d’ici à 2020. Cette ambition, qui pourrait sembler irréaliste au regard de la situation de départ, bénéficie du soutien de la Banque mondiale à hauteur de un milliard de dollars, montant à la fois gigantesque et dérisoire au regard des enjeux sanitaires et environnementaux.

Surtout, reste à convaincre tout l’écosystème humain du Gange de l’absolue nécessité de changer ses comportements séculaires, sacrés et profanes, individuels et industriels. Sur ce sujet aussi, la puissante Inde, plus grande démocratie du monde et qui s’apprête de plus à prendre dans quelques années à la Chine la place du pays le plus peuplé du monde, sait qu’il reste un travail important à accomplir. 


Sources :

·       Pour en savoir plus sur Varanasi et le Gange, Cfhttp://www.sevea-asso.org/blog/varanasi-ou-la-rencontre-d...

·       http://cleangangaportal.org/

·       http://www.rue89.com/2009/10/07/linde-resolue-a-assainir-...

·       http://fr.wikipedia.org/wiki/Gange

·       http://www.worldbank.org/en/news/2011/05/27/india-the-nat...

 

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